En confiant les rênes de la sélection nationale à Amir Abdou, la Fédération burkinabè de football a fait un choix fort. Celui de la méthode plutôt que du prestige, du bâtisseur plutôt que de la star. Mais dans un pays où le football est une seconde religion, la patience est-elle encore une vertu ?
Thank you for reading this post, don't forget to subscribe!Le technicien comorien arrive avec une réputation solide, forgée à la tête de l’équipe des Comores, qu’il a conduits à une qualification historique pour la Coupe d’Afrique des nations 2021. Un exploit qui a redessiné la carte des possibles en Afrique. Là où beaucoup voyaient une sélection modeste, il a bâti une équipe disciplinée, solidaire, capable de renverser des montagnes.
La question est désormais simple : peut-il reproduire ce miracle avec l’ équipe du Burkina Faso ?
Car le contexte est bien différent. Le Burkina Faso ne part pas de zéro. Les Étalons ont déjà goûté aux sommets continentaux, finalistes en 2013, régulièrement présents dans le dernier carré. Mais ces dernières années ont laissé un goût d’inachevé notamment, l’instabilité technique, des performances en dents de scie, des frustrations lors des campagnes qualificatives. L’actualité récente l’a encore montré. Le public burkinabè n’accepte plus les promesses sans lendemains. Il veut des certitudes, un cap clair, et surtout des résultats immédiats. C’est là tout le défi d’Amir Abdou.
Son profil tranche avec celui de certains de ses prédécesseurs. Pas d’aura d’ancien international mondialement connu. Pas de discours flamboyant. Mais une science du collectif et une capacité à optimiser les ressources disponibles. Or, le Burkina dispose d’un vivier intéressant avec une diaspora active, des jeunes talents en Europe, et un noyau de cadres expérimentés. Encore faut-il harmoniser ces forces, recréer une identité de jeu stable et redonner confiance à un groupe parfois miné par la pression.
L’homme a déjà démontré qu’il savait travailler dans l’adversité. Aux Comores, il a bâti dans la pénurie. Au Burkina, il devra construire dans l’exigence. La nuance est de taille. Ici, l’objectif n’est pas seulement de participer, mais de conquérir. La CAN n’est plus un rêve inaccessible ; elle est une obsession nationale.
Au fond, la nomination d’Amir Abdou traduit peut-être une prise de conscience. Le salut ne viendra pas d’un coup d’éclat médiatique, mais d’un projet structuré. Si la Fédération lui laisse le temps et les moyens, il pourrait imposer sa patte, redonner une âme collective aux Étalons et replacer le Burkina dans la course aux grands rendez-vous continentaux.
Reste que le football ne pardonne pas les débuts hésitants. Les premières listes, les premiers choix tactiques, les premiers résultats seront scrutés avec une attention chirurgicale. Dans les maquis de Ouagadougou comme dans les tribunes du stade, le verdict populaire sera immédiat. Amir Abdou n’est peut-être pas un messie. Mais il pourrait être l’architecte d’une nouvelle ère. À condition que la foi collective accompagne la méthode.
Par Wendpayangdé Marcelin KONVOLBO
