Production agricole au Burkina Faso : « L’agriculture et l’élevage sont les deux piliers de la prospérité », Adama SARE, agriculteur à la retraite
Après avoir exercé divers métiers en Côte d’Ivoire, au Ghana et en Arabie Saoudite, Adama SARE a choisi de se consacrer à l’agriculture. Pendant douze ans, il a développé une exploitation céréalière florissante à Bagré avant de prendre sa retraite en 2015. Dans cette interview qu’il nous a accordée, il revient sur son parcours et partage sa vision du secteur agricole au Burkina Faso. Lisez plutôt !
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Interview réalisée par Hamed NABALMA
Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Je me nomme Adama SARE, né en 1952 dans le département de Garango. Après l’école primaire, j’ai rejoint Ouagadougou sous le règne de Maurice Yaméogo, où j’ai travaillé à l’ambassade du Ghana. Ensuite, j’ai tenté ma chance en Côte d’Ivoire avec un groupe d’amis. Nous avons été recrutés par Oumarou Kanazoé pour travailler dans les plantations de bananes, café et cacao.
En 1983, j’ai quitté la Côte d’Ivoire pour l’Arabie Saoudite, où j’ai travaillé comme planton à l’ambassade du Gabon. Après un retour temporaire à Abidjan en 1987, j’ai décidé de m’installer définitivement au Burkina Faso. C’est à ce moment que j’ai commencé à m’intéresser à l’agriculture, notamment à la culture des céréales.
Comment êtes-vous devenu producteur agricole ?
L’idée m’est venue après avoir réalisé une opération de revente très rentable. En 2003, j’ai démarré ma production à Bagré, mais avant cela, je me suis inscrit à Tenkodogo pour me former aux techniques agricoles. J’ai ensuite contracté un prêt de trois millions de francs CFA auprès de la Caisse populaire pour financer mes premières cultures.
La première année, j’ai exploité une dizaine d’hectares. L’année suivante, j’ai étendu ma production à 50 hectares, et ainsi de suite. Nous cultivions principalement du maïs, du soja et du niébé. J’ai exercé cette activité pendant douze ans avant de me retirer en 2015, après une opération du cancer de la prostate.
Que pensez-vous de l’idée selon laquelle l’agriculture ne permet pas de réussir ?
Je ne suis pas d’accord. Le problème, c’est que les jeunes d’aujourd’hui recherchent la facilité et veulent réussir trop vite, ce qui n’est pas réaliste. L’agriculture et l’élevage sont les deux piliers de la prospérité. Celui qui veut vraiment s’en sortir doit s’y investir avec sérieux et patience.
L’accès à la terre agricole est souvent perçu comme un obstacle de nos jours. Qu’en pensez-vous ?
La terre est disponible, mais il faut aller là où elle est accessible. On ne peut pas rester à Ouagadougou et espérer obtenir facilement un terrain pour la production. Malheureusement, les communes rurales sont de plus en plus accaparées par les promoteurs immobiliers, ce qui complique la situation. C’est une conséquence d’une mauvaise politique. Beaucoup de sociétés immobilières appartiennent à des politiciens qui acquièrent ces terres de manière inéquitable. Le gouvernement doit revoir ce système afin que chaque citoyen puisse accéder à la terre.
Vous avez occupé un poste de responsabilité dans l’agriculture au Centre-Est. Quelles ont été les principales difficultés ?
Je n’ai pas rencontré de grandes difficultés, sauf peut-être les interférences politiques. Certaines personnes affirmaient que j’étais utilisé par Alain Yoda pour sa campagne dans la région, mais cela n’a jamais été le cas. Nous le soutenions, certes, mais nous n’étions pas engagés politiquement. Contrairement aux politiciens qui peuvent quitter le pays en cas de crise, nous, nous devons faire face aux réalités du terrain.
Que pensez-vous de l’interdiction d’exporter les céréales au Burkina Faso ?
C’est une décision bénéfique pour le pays. Lorsque la production est abondante, on pourra envisager d’ouvrir les marchés internationaux. La Chine, qui domine aujourd’hui l’économie mondiale, a également traversé des périodes de restrictions pour asseoir sa souveraineté alimentaire.
Le déguerpissement en cours dans la ville de Ouagadougou susciterait des frustrations. Quel est votre avis sur cette décision des autorités ?
Un délai a été accordé pour libérer les emprises illégalement occupées. Malheureusement, certains Burkinabè attendent d’être mis devant le fait accompli avant de réagir. Le gouvernement agit pour le bien-être de la population, et ces décisions doivent être respectées.
Vous vivez à Paglayiri. Quels changements souhaitez-vous pour Ouagadougou ?
Nous souhaitons que la ville retrouve sa propreté d’antan. Pour cela, la population doit revoir ses comportements et faire preuve de plus de civisme. La collaboration entre le maire et les citoyens est essentielle pour améliorer la ville.
Votre mot de fin ?
La formation est essentielle. Nous avons commencé l’agriculture sans formation, mais dès que nous avons appris les bonnes techniques, notre production a considérablement augmenté. Personne ne sait tout ; il faut être humble et apprendre. Enfin, j’encourage tous les Burkinabè à aimer leur pays et à s’investir pleinement dans son développement, à l’image du président Ibrahim Traoré.
