Le vent de discorde qui soufflait depuis quelque temps entre le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, et son Premier ministre, Ousmane Sonko, s’est transformé en une véritable tempête politique. Ce qui n’était au départ qu’un différend sur la gestion du pouvoir et l’orientation de la coalition présidentielle prend désormais les allures d’un affrontement ouvert, révélant une fracture profonde au sommet de l’exécutif sénégalais.
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Par Wendlasida Epinock GUIROU ( Correspond au Sénégal)
Tout serait parti de la nomination de Aminata Touré comme nouvelle coordinatrice de la Coalition Diomaye Président. Cette décision, censée renforcer la cohésion de la majorité, a plutôt ravivé les tensions. Ousmane Sonko, lui, conteste ouvertement cette nomination, qu’il juge unilatérale et déconnectée de la volonté des militants comme de la ligne politique originelle du mouvement qui les a portés au pouvoir. Fidèle à son franc-parler, le chef du gouvernement ne s’est pas limité à de simples critiques. Lors d’un meeting à Dakar, il avait déjà prévenu ses partisans : « Je ne reconnaîtrai pas la femme que le président voudra imposer à la tête de notre coalition », avait-il lancé devant une foule acquise à sa cause.
Une déclaration qui prend aujourd’hui valeur de rupture. Ousmane Sonko a en effet franchi un cap en annonçant la création d’une nouvelle coalition, présentée comme plus fidèle à la vision originelle du PASTEF. Il en a confié la direction à Aïssa Mbouët, une proche de longue date, connue pour son engagement et sa loyauté.
Cette initiative marque un tournant décisif dans la relation entre les deux hommes. Longtemps perçus comme un duo complémentaire et porteur d’espoir, Sonko et Diomaye Faye incarnaient une alliance rare dans la vie politique sénégalaise : l’un, tribun charismatique et symbole de la résistance ; l’autre, technocrate mesuré et garant de la stabilité institutionnelle. Ensemble, ils avaient fait naître l’espoir d’un renouveau politique et moral. Mais, comme souvent, les alliances forgées dans la lutte s’effritent une fois confrontées à l’exercice du pouvoir.
Selon plusieurs sources proches du Palais, le différend entre les deux hommes dépasse largement la question d’une nomination. Il s’agirait d’un désaccord de fond, à la fois idéologique et stratégique. Bassirou Diomaye Faye, désormais confortablement installé dans ses fonctions, semble privilégier une approche institutionnelle, cherchant à rassurer les partenaires internationaux et à asseoir la stabilité du pays. Ousmane Sonko, lui, demeure attaché à une ligne plus militante, axée sur la rupture avec les anciennes pratiques politiques. Il redoute que la « Diomayisation » du pouvoir ne conduise à une dilution des idéaux du PASTEF.
La création de cette nouvelle coalition apparaît ainsi comme un acte de défiance et une tentative de Sonko de reprendre la main sur le terrain politique. Cette structure pourrait séduire une frange des militants déçus ou marginalisés par la direction actuelle, et servir de tremplin à de futures ambitions électorales.
Pendant ce temps, Aminata Touré tente d’apaiser les tensions. Dans ses premières déclarations, elle a appelé à la cohésion et à la concentration des efforts sur la mise en œuvre du programme présidentiel. Mais sur le terrain, la base militante se divise : entre fidélité au Premier ministre et loyauté au chef de l’État, les lignes se brouillent.
Cette situation met en lumière un paradoxe : le tandem Sonko–Diomaye, qui avait bâti son succès sur l’unité et la cohérence idéologique, est désormais miné par ses propres contradictions internes. La confiance mutuelle, jadis ciment de leur alliance, semble s’être érodée au fil des mois.
Officiellement, aucune des deux parties ne parle encore de rupture. Mais les signes sont éloquents : d’un côté, un président qui affirme son autorité à travers ses décisions ; de l’autre, un Premier ministre qui trace sa propre voie politique. Le Sénégal entre ainsi dans une nouvelle phase de son histoire politique, où les deux figures emblématiques du renouveau avancent désormais sur des chemins parallèles, sinon divergents.
Reste à savoir si cette séparation est définitive ou s’il ne s’agit que d’une recomposition stratégique, comme la politique sénégalaise en a souvent connu. Une chose est certaine : le duo Sonko–Diomaye, jadis symbole d’unité et d’espérance populaire, n’est plus ce qu’il était. Et le rêve d’un pouvoir uni autour d’une même vision semble aujourd’hui s’être dissipé dans les vents du pouvoir.


