Face à la presse nationale et internationale, le président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, s’est longuement exprimé sur des sujets brûlants : les relations diplomatiques avec la Côte d’Ivoire, la souveraineté médiatique, l’encerclement militaire de l’Alliance des États du Sahel (AES), la montée en puissance de l’armée burkinabè, la gouvernance, l’économie et la question foncière. Sans détour, il a dénoncé une « guerre entretenue » par des forces étrangères, tout en réaffirmant sa conviction que la victoire du Burkina Faso est inévitable.
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Par Wendpayangdé Marcelin KONVOLBO
Les relations Burkina – Côte d’Ivoire : le président a confirmé l’interpellation de six agents ivoiriens de la Direction d’aide et d’assistance aux réfugiés et apatrides (DAARA), arrêtés pour activités d’« espionnage » au Burkina Faso. « Chaque fois que quelqu’un franchit la frontière et mène des actions d’enquête, c’est de l’espionnage. Il est donc logique qu’on les arrête », a-t-il déclaré. Il a rappelé avoir, de son côté, ordonné par le passé la libération de gendarmes ivoiriens arrêtés au Burkina Faso en possession d’armes, regrettant que la Côte d’Ivoire n’ait pas manifesté la même réciprocité. Plusieurs civils burkinabè restent en détention à Abidjan, dont l’un est décédé en prison. « Nous espérions un geste de réciprocité, mais cela n’a pas été le cas », a-t-il déploré, tout en insistant sur la nécessité de maintenir le dialogue entre les deux pays voisins.
Médias : « Décoloniser les mentalités »
Sur ses rapports avec la presse, le capitaine Traoré a reconnu des malentendus à ses débuts. Mais il dit constater aujourd’hui « un travail professionnel de nombreux médias ».
Toutefois, il invite les journalistes burkinabè à s’émanciper des modèles extérieurs : « Les journalistes français défendent leurs intérêts. Pourquoi pas nous ? », a-t-il lancé, appelant à une presse nationale au service de la cohésion sociale et des intérêts stratégiques du Burkina Faso.
Défense : une armée souveraine et résiliente
Le président a dénoncé la présence de bases militaires étrangères autour du Burkina Faso et du Mali, qu’il considère comme une stratégie d’« encerclement ». « C’est une bataille d’intérêts. À nous de nous préparer pour que cet encerclement ne produise aucun effet », a-t-il assuré. Se voulant proche de ses troupes, il a révélé avoir lui-même participé à des entraînements militaires aux côtés des unités combattantes.
« Nos soldats préfèrent mourir que de confier leur mission à d’autres. Le moral est au plus haut », a-t-il souligné, affirmant que l’armée burkinabè est aujourd’hui l’une « des plus résilientes au monde ». Il a annoncé un tournant majeur : la fabrication locale d’armes et d’équipements militaires.
« Dans quelques mois ou quelques années, nos militaires utiliseront des armes made in Burkina. Nous avons la capacité intellectuelle, nous avons la ressource », a-t-il déclaré, précisant que la montée en puissance passe aussi par la création d’une véritable industrie de défense.
Gouvernance : l’exemplarité comme impératif
Évoquant la corruption et les privilèges de certaines élites, le chef de l’État a fustigé le fossé entre dirigeants et population : « On ne peut pas choisir entre whisky et champagne pendant que d’autres n’ont pas un seul repas », a-t-il martelé. Pour lui, la bonne gouvernance doit s’incarner par l’exemple, et l’agriculture doit redevenir la priorité. « L’investissement massif dans l’agriculture est la clé de notre sécurité alimentaire et de l’équité sociale », a-t-il insisté.
Économie : l’État stratège face au capitalisme
Le capitaine Traoré a plaidé pour un rôle fort de l’État dans la régulation économique et la gestion des secteurs stratégiques comme les mines, l’agroalimentaire et la SOSUCO. « Si tout est privatisé, l’État n’a plus de ressources pour construire le pays », a-t-il expliqué, soulignant que le capitalisme doit être encadré pour éviter les dérives sociales.
Dialogue social et foncier : vers plus de justice
Aux syndicats, il a tendu la main, tout en fixant une exigence : « Nous voulons un syndicalisme responsable, basé sur le dialogue direct avec le gouvernement, loin des influences extérieures », a-t-il lancé.
Concernant la terre, il a dénoncé « le massacre foncier » orchestré par la spéculation immobilière. Pour y mettre fin, le gouvernement mise sur l’outil numérique SYCAD, qui doit sécuriser les transactions et rétablir une justice foncière.
La lutte antiterroriste : une guerre « entretenue »
Revenant sur sa déclaration initiale selon laquelle « trois mois suffiraient » pour tendre vers la fin de la guerre, le président a reconnu que cet objectif était conditionné à des moyens inexistants à son arrivée.
« Le Burkina ne disposait pas de 100 000 cartouches de kalachnikov et à peine une centaine d’armes. Comment pouvions-nous faire la guerre ? », a-t-il expliqué.
Il a affirmé que certaines puissances étrangères présentes au Burkina n’avaient pas intérêt à voir la guerre s’achever, allant jusqu’à suggérer un double jeu : « soutenir les terroristes tout en proposant de nous soutenir ».
Pour lui, la guerre est donc « entretenue », mais cela n’entame pas sa détermination : « Nous ne pouvons que gagner cette guerre. Quoi qu’on dise, nous tiendrons. »
Une certitude pour l’avenir
En conclusion, le capitaine Traoré a réaffirmé sa foi en la victoire et au développement du Burkina Faso :
« La guerre va finir. Nous vivrons en paix, nous exploiterons nos richesses et nous développerons notre pays. C’est une certitude. »
