L’annonce de la démission de Tidjane Thiam à la tête du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) ne saurait être réduite à une simple manœuvre tactique dans la perspective de l’élection présidentielle d’octobre 2025. Elle révèle en profondeur les tensions internes qui minent un parti autrefois emblématique de la scène politique ivoirienne, aujourd’hui fragilisé par des querelles de légitimité, des jeux de pouvoir et des rivalités de succession.
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Par Wendpayangdé Marcelin KONVOLBO
En renonçant officiellement à la présidence du PDCI pour, dit-il, « préserver l’unité et la cohésion » de la formation, Tidjane Thiam acte l’échec d’un leadership contesté dès ses débuts. Investi lors d’un congrès extraordinaire en 2023, l’ancien banquier international a toujours été perçu comme un « corps étranger » par une frange de l’élite militante du parti. Son absence prolongée de la scène politique nationale, son parcours essentiellement à l’étranger, et les doutes sur sa nationalité ou sur sa conformité aux critères internes de désignation, ont nourri une opposition souterraine, aujourd’hui pleinement assumée par certains cadres qui contestent son éligibilité à la présidence du PDCI en justice.
La situation s’est envenimée avec sa radiation des listes électorales, un coup dur pour un homme qui ambitionnait de ramener le PDCI au pouvoir après deux décennies d’opposition. Cette exclusion, qu’il qualifie de « harcèlement judiciaire », aurait dû conduire à un sursaut de solidarité autour de sa personne. Or, c’est l’inverse qui s’est produit : les contestations internes se sont intensifiées, jusqu’à le contraindre à rendre les armes, du moins sur le plan formel. Mais cette démission n’est en rien un retrait politique. Thiam l’affirme avec insistance : il reste candidat à l’élection présidentielle. Ce paradoxe soulève plusieurs interrogations. Comment un homme qui se dit empêché dans sa mission de chef de parti peut-il mener une campagne présidentielle efficace ? Et surtout, sur quelle base politique et avec quel appareil peut-il espérer mobiliser l’électorat, si son propre parti traverse une telle tempête ? En réalité, cette décision est une tentative de dissociation entre sa personne et les dysfonctionnements internes du PDCI. En se présentant comme victime d’une cabale judiciaire et d’un complot interne, Thiam cherche à se repositionner en martyr du système, un outsider persécuté, donc plus que jamais légitime aux yeux d’une opinion publique souvent critique envers les pratiques politiques traditionnelles. Cette posture peut lui attirer de la sympathie, mais elle ne suffit pas à construire une base électorale solide dans un pays où l’ancrage local et le contrôle des structures militantes restent déterminants. Sur le plan institutionnel, l’intérim assuré par Ernest N’koumo, le doyen des vice-présidents, ouvre une période de grande incertitude. L’organisation d’une réunion du bureau politique dans « l’urgence » montre bien que le parti est à la croisée des chemins. Faut-il organiser un nouveau congrès ? Réaffirmer le soutien à Thiam malgré sa démission ? Ou au contraire, tourner définitivement la page et chercher un nouveau leader capable de rassembler et de relancer le parti ? L’épreuve que traverse le PDCI est aussi celle d’une génération politique à bout de souffle, confrontée à la montée des ambitions individuelles et à la désaffection d’un électorat jeune, en quête d’alternatives crédibles. En misant sur une figure technocratique venue de l’international, le PDCI avait tenté un pari audacieux, mais sans prendre le temps d’asseoir cette stratégie dans les réalités locales.
Tidjane Thiam, malgré sa stature, paie aujourd’hui le prix d’un arrimage insuffisant à la base, d’un manque de consensus au sommet, et d’un contexte politique où l’adversité ne vient pas seulement de l’extérieur. Son avenir politique dépendra désormais de sa capacité à incarner une offre nouvelle, en dehors d’un appareil partisan fracturé — un défi colossal à quelques mois d’une présidentielle aux enjeux cruciaux pour la stabilité de la Côte d’Ivoire.
