Les VDP de la santé, nos héros de l’ombre
Pendant que les regards sont tournés vers les fronts militaires et les zones de conflit, une autre bataille se mène, plus silencieuse, mais tout aussi vitale. Celle de la santé. Et au cœur de cette lutte, une cohorte d’hommes et de femmes en blouse blanche, souvent oubliés dans le tumulte de l’actualité, porte haut les couleurs du génie burkinabè. Depuis quelques années, la médecine nationale a franchi des caps historiques. Non pas dans l’ombre de quelque assistance extérieure, mais par la bravoure, l’audace et la compétence pure d’un corps médical qui refuse de se résigner face aux limites techniques et aux manques criants de l’environnement hospitalier. Rien qu’au premier semestre 2025, ces VDP de la santé ont réalisé des prouesses.
Thank you for reading this post, don't forget to subscribe!Commençons par cette image forte qui a choqué les sensibilités le 23 mai au Centre hospitalier universitaire régional de Ouahigouya. Une patiente, victime d’un accident rare, transpercée au crâne par une pioche, est accueillie en état critique. Une scène digne d’un récit chirurgical dramatique s’est produite. L’intelligence coordonnée d’une équipe de neurochirurgiens, d’anesthésistes et de techniciens d’imagerie, conjuguée à une réactivité hors normes, a permis de stabiliser la patiente, de la sauver in extremis. Ce n’est pas simplement la médecine qui opérait ce jour-là ; c’est l’esprit de corps, l’amour du métier, le refus de céder à la fatalité.
Une semaine plus tard, au Centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo, une équipe composée du professeur Nayi Zongo, de la docteure Golda Juliette Romano et d’un personnel mobilisé a procédé, le 29 mai 2025, à une première nationale : une reconstruction mammaire par greffe microchirurgicale chez une patiente ayant subi une mastectomie. Une opération hautement technique, réalisée à cœur ouvert sur les tissus de la dignité, redonnant non seulement un sein, mais une confiance en soi, une féminité, un espoir. Une telle prouesse, ailleurs, aurait fait la une des journaux médicaux internationaux. Ici, elle fut saluée avec émotion et admiration dans les couloirs d’un hôpital où chaque avancée est un défi relevé.
Un mois plus tôt, en avril, c’est à Fada N’Gourma que les projecteurs se sont braqués. Une jeune femme de 25 ans, porteuse d’une tumeur mandibulaire depuis sept longues années, a vu sa vie transformée. La chirurgie maxillo-faciale n’a pas seulement enlevé une masse déformante ; elle a reconstruit un visage, une capacité à parler, à sourire, à mastiquer, à interagir. C’est cela aussi la médecine burkinabè de 2025 : faire de la chirurgie réparatrice un acte social, culturel et profondément humain.
Le Centre hospitalier régional de Koudougou, quant à lui, s’est distingué en mars par une intervention titanesque : le retrait d’une tumeur dorsale de 10 kilos, logée depuis plus de 20 ans sur le dos d’une patiente souffrant de neurofibromatose. Ce fardeau, devenu un stigmate physique et moral, a été enlevé grâce à une mobilisation sans faille du personnel. Un geste qui dépasse l’acte médical, et entre dans la sphère de la réhabilitation identitaire, psychologique, communautaire.
Enfin, le centre hospitalier universitaire Yalgado OUEDRAOGO a, de nouveau, démontré que le Burkina Faso peut relever les défis de la cancérologie chirurgicale. Le 4 mars 2025, une hépatectomie droite ; c’est-à-dire l’ablation d’un lobe hépatique, a été réalisée sur un cultivateur atteint d’un cancer du foie. Un patient suivi pour hépatite B chronique a vu son pronostic basculer grâce à l’expertise du Dr Bonaventure Yaméogo et de son équipe, déterminée à servir ici. Le geste, techniquement exigeant, a été possible grâce à une volonté partagée d’agir, malgré les limites du plateau technique.
Bravo pour le génie ! Des exploits pareils, on en compte assez. Mais ils ne doivent pas occulter la vérité crue : nos médecins travaillent trop souvent avec les moyens du bord. Le talent est là, palpable, démontré. Ce qui manque, ce sont les équipements, les conditions de travail dignes, les blocs opératoires modernes, les chaînes d’analyses fiables, les médicaments de qualité et les moyens d’intervention rapide. Lors de sa visite à l’hôpital militaire Tanguet-Ouattara de Bobo-Dioulasso, le Président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré, ne s’y est pas trompé. Il a salué les compétences nationales en soulignant que ce sont les outils qui font défaut : « Nous avons confiance à nos médecins. Il vous manque les équipements pour vous exprimer et l’espace de travail » a -t-il laissé entendre à l’endroit du corps soignant.
Des mesures ambitieuses ont certes été entamées : réduction des coûts d’analyses et d’imagerie, baisse drastique du prix des médicaments et vaccins, renforcement des cliniques mobiles, modernisation ciblée de certaines infrastructures. Ces efforts sont à saluer, mais doivent s’inscrire dans une vision à long terme. Le Burkina Faso de demain mérite un système de santé digne de son potentiel humain. Il est temps de rêver à 100 ans. D’imaginer un pays où chaque région dispose d’un hôpital universitaire performant, où la médecine traditionnelle et moderne dialoguent sans conflit, où l’innovation biomédicale et la formation continue irriguent les pratiques, où la prévention devient une culture nationale, et où les citoyens sont au centre du dispositif.
Ce rêve n’est pas naïf. Il est déjà à l’œuvre. Car chaque opération citée ici, chaque sauvetage, chaque visage redessiné, chaque vie prolongée, témoigne d’une réalité plus forte que la pauvreté : la résilience et l’ingéniosité du capital humain burkinabè. À nous maintenant de transformer l’exception en norme, et le miracle en politique publique.
La rédaction
